FrançaisEnglishEspañolالعربيةहिन्दीবাংলা中文

← Retour au blog

Publié le 2026-07-25

Deux courbes qui montent ensemble se causent-elles vraiment ?


En 1999, une étude accusait la veilleuse de rendre les enfants myopes. La vraie cause était ailleurs. Voici pourquoi deux courbes qui montent ensemble ne se causent pas forcément.

En 1999, la revue scientifique Nature publie une étude qui inquiète des parents à travers le monde : des chercheurs de l'université de Pennsylvanie, menés par Graham Quinn, observent que les enfants qui dorment avec une veilleuse allumée développent bien plus souvent une myopie que les autres. Les deux courbes montent ensemble, veilleuse d'un côté, mauvaise vue de l'autre, et la conclusion semble s'imposer d'elle-même : la lumière abîmerait les yeux des enfants pendant leur sommeil.

Sauf qu'un an plus tard, en 2000, une autre équipe reprend le sujet dans la même revue Nature : celle de Karla Zadnik et de ses collègues de l'Ohio State University, réunis dans le groupe de recherche CLEERE. Leur constat change tout. Ce n'est pas la veilleuse qui rend les enfants myopes, c'est la myopie des parents. Un parent myope voit mal dans le noir, alors il laisse volontiers une lumière allumée dans la chambre de son enfant. Ce même parent transmet aussi, par ses gènes, une prédisposition à la myopie. La veilleuse n'était qu'un témoin présent sur les lieux, sans y être pour rien.

Le tiers facteur, celui qui se cache derrière les deux courbes

Les chercheurs appellent cela un facteur de confusion : une cause commune qui influence à la fois ce qu'on observe et ce qu'on croit expliquer, sans que les deux choses observées n'aient de lien direct entre elles. Deux courbes peuvent grimper ensemble, semaine après semaine, année après année, parce qu'une troisième chose, souvent invisible sur le graphique, les tire toutes les deux en même temps.

L'exemple le plus connu tient en une phrase : les ventes de glaces et les noyades augmentent ensemble, chaque année, dans presque tous les pays tempérés. Manger une glace ne pousse personne vers l'eau. Le vrai responsable, c'est la chaleur : elle fait vendre des glaces et elle remplit les piscines et les plages le même mois, pour deux raisons qui n'ont rien à voir l'une avec l'autre.

Des corrélations qui ne veulent strictement rien dire

Prenez deux séries de chiffres presque au hasard, du moment qu'elles augmentent toutes les deux au fil du temps dans un pays qui grandit et s'enrichit d'année en année : elles finiront presque toujours par se ressembler sur un graphique. Le nombre d'abonnements à internet et la consommation de chocolat, le nombre de diplômés et les ventes de parapluies, la fréquentation des salles de sport et le prix du café. Additionnez assez d'années, et le calcul fera ressortir un lien entre deux courbes qui n'ont, en réalité, rien à se dire. Ce lien ne prouve rien du tout, sinon que les deux augmentent, chacune pour ses propres raisons, pendant la même période.

La corrélation n'est pas à jeter pour autant : elle sert de point de départ à une bonne partie des découvertes scientifiques. Personne n'aurait songé à chercher un lien entre le tabac et le cancer du poumon sans remarquer, d'abord, que les deux courbes montaient ensemble dans les mêmes populations. La corrélation pose une question qui mérite d'être creusée. Elle n'y répond simplement jamais toute seule.

Une corrélation dit que deux choses bougent ensemble. Elle ne dit jamais laquelle, si tant est qu'il y en ait une, pousse l'autre.

La question qui sépare le lien réel du hasard : quel mécanisme ?

Face à un « X est lié à Y », le tri se fait en imaginant le mécanisme concret par lequel X produirait Y. Pour la veilleuse et la myopie, personne n'a jamais trouvé de mécanisme biologique reliant une ampoule à la forme d'un œil, ce qui aurait dû, dès le départ, inviter à chercher ailleurs. Pour la chaleur, les glaces et les noyades, le mécanisme saute aux yeux dans les deux sens à la fois. Un lien qui tient la route s'accompagne presque toujours d'une explication qu'on peut tester, pas seulement d'un graphique qui grimpe.

La prochaine fois que deux courbes grimperont côte à côte sous vos yeux, avant de leur trouver un lien de cause à effet, cherchez ce qui pourrait tirer les deux à la fois, en coulisses. Il y a de bonnes chances qu'il s'y trouve déjà, tranquillement installé, un troisième facteur qui attendait simplement qu'on le remarque.

Sujets : statistiques sciences esprit critique

Sources

Raccourcis clavier

?Ouvrir cette aide
ÉchapFermer le panneau ou l'aide
1-3Choisir une réponse pendant le quiz
EntréeCas suivant, une fois la réponse lue
TabNaviguer de lien en lien : tout le site se parcourt au clavier