Publié le 2026-07-25
Un SMS vous réclame de l'argent pour un colis : arnaque ou pas ?
Un SMS de livraison qui réclame un paiement est presque toujours une arnaque. Voici comment la repérer avant de cliquer, même quand une photo générée par IA porte votre nom.
Il est dix-neuf heures, vous rentrez à peine, et le téléphone vibre. « Votre colis ne rentre pas dans la boîte aux lettres, merci de choisir un nouveau créneau. » Juste en dessous, un lien bleu, l'air parfaitement officiel. Que vous attendiez un colis ou non, la question s'invite aussitôt : et si c'était vrai ? C'est sur cette seconde d'hésitation que tout le mécanisme repose.
Ce genre de message porte un nom, le smishing (la contraction de SMS et de hameçonnage), et une seule ambition : vous faire cliquer avant que vous ayez le temps de réfléchir. Le mécanisme se répète depuis des années avec une régularité d'horloge. Il vaut la peine de le regarder pièce par pièce, une bonne fois, pour ne plus jamais avoir à s'y arrêter.
Une urgence fabriquée sur mesure
Le ressort numéro un, c'est la pression du temps. Un colis « bloqué », une livraison « impossible », un nouveau créneau à choisir tout de suite : le message ne laisse jamais le loisir de vérifier ailleurs. Cybermalveillance.gouv.fr, la plateforme publique d'assistance aux victimes, documente le scénario dans le détail : un lien renvoie vers un faux site qui copie l'apparence d'un vrai transporteur, et un formulaire s'active, réclamant d'abord une adresse, puis une identité complète.
Le colis n'a jamais existé, les frais si
Vient ensuite l'étape qui fait tout basculer : la carte bancaire, réclamée pour de prétendus frais de livraison, droits de douane ou TVA. Une somme volontairement dérisoire, presque insultante de modestie, justement pour qu'on ne s'attarde pas dessus. Le site officiel de Cybermalveillance est direct sur ce point : « il y a rarement de véritable paiement, il s'agit uniquement de récupérer les numéros de carte bancaire ». Les données glanées à cette étape resservent ensuite pour d'autres arnaques, notamment le faux conseiller bancaire qui rappelle quelques jours plus tard pour « sécuriser votre compte ».
Le formulaire avance d'ailleurs par paliers : d'abord un email et un numéro de téléphone, puis une identité et une adresse complètes, puis enfin le paiement. À chaque étape, on a déjà livré un peu de soi, et il devient psychologiquement plus difficile de s'arrêter en chemin. Des faux sites repérés sous les noms fr.consigne-solution.com ou nouvelle-consigne.com ont ainsi copié l'apparence d'un vrai réseau de points relais, sans en être l'adresse officielle.
Une photo qui porte déjà votre nom
La dernière évolution du procédé change la donne. Des escrocs envoient désormais un message vocal généré par intelligence artificielle : « Alors je suis passé il y a 30 minutes pour vous déposer un colis. Malheureusement, il ne rentrait pas dans la boîte aux lettres. Du coup, je vous ai laissé un SMS pour reprogrammer la livraison. » Le message est accompagné d'une photo, elle aussi générée par IA, sur laquelle apparaissent votre nom et votre adresse. Paul Bousquet, commissaire divisionnaire à la tête de la division de la criminalité territoriale en Gironde, décrit la suite sans détour : une fois sur le faux site, la victime saisit son nom, son adresse et son numéro de carte. Les préjudices constatés dépassent, selon lui, les 16 000 ou 20 000 euros.
Voir votre nom sur une photo ne prouve pas qu'un colis existe. Ça prouve seulement qu'un escroc le connaît.
Le geste qui suffit
Face à ça, pas besoin de devenir expert en informatique. Le seul geste qui compte : ne jamais suivre le lien du SMS, quelle que soit sa présentation. Ouvrez plutôt l'application officielle du transporteur, celle que vous avez installée vous-même, ou tapez son adresse à la main dans votre navigateur. Le suivi d'un vrai colis y est toujours consultable, sans qu'on vous réclame quoi que ce soit pour le débloquer.
- Un vrai transporteur ne demande jamais vos coordonnées bancaires par SMS pour « débloquer » un colis.
- Le lien pointe rarement vers le site exact du transporteur : une syllabe en trop, un mot différent, une extension inhabituelle suffisent à le trahir.
- Le SMS part souvent d'un numéro de mobile à dix chiffres, jamais d'un numéro professionnel court.
- Une photo ou un message vocal qui cite votre nom ne prouve rien : un escroc qui a votre numéro a parfois aussi votre identité.
Vous pouvez aussi transférer le message au 33700, le numéro national qui traite les SMS frauduleux, et la plateforme Cybermalveillance.gouv.fr recense les campagnes en cours si vous voulez comparer. Le prochain SMS de colis bloqué, vrai ou faux, se vérifiera en trente secondes dans une application que vous connaissez déjà, jamais sur la page qu'on vous tend.