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Publié le 2026-07-25

Comment savoir si une photo de catastrophe est vraiment d'aujourd'hui ?


Une vague immense, un séisme, une légende « en ce moment » : l'image est souvent vraie, mais vieille de plusieurs années. Croiser la date et le lieu suffit à le savoir.

Une vidéo tourne en boucle depuis ce matin : une vague immense recouvre une promenade en bord de mer, des gens courent, le ciel est presque noir. En légende, une phrase au présent, sans aucune date : « ça se passe là, maintenant ». On vous l'a transférée trois fois dans la journée, chaque fois avec le même point d'exclamation inquiet. Vous repassez l'extrait, vous cherchez un détail qui trahirait un montage grossier. Il n'y en a pas : l'image n'a pas été retouchée.

Et si cette vague était bien réelle, mais qu'elle datait de plusieurs années et d'un tout autre continent ? C'est l'un des recyclages les plus efficaces qui existent, et il ne demande aucun trucage. L'image est authentique, la peur qu'elle déclenche aussi. Seule la légende ment.

Une tempête sud-africaine rejouée pour un séisme turc

Le cas est documenté avec précision par Défacto, un consortium de recherche sur la désinformation cofinancé par l'Union européenne. Quelques jours après le séisme qui a frappé la Turquie et la Syrie le 6 février 2023, une vidéo a circulé massivement sur Facebook et sur TikTok, en plusieurs langues, avec une affirmation précise : elle montrerait un tsunami survenu juste après le tremblement de terre.

Les vagues, elles, sont bien réelles. Mais la scène ne s'est jamais produite en Turquie. En remontant la vidéo grâce à une recherche inversée, les vérificateurs l'ont retrouvée telle qu'elle circulait déjà en mars 2017 : une tempête avait fermé une plage de Durban, en Afrique du Sud, et des médias locaux l'avaient filmée à l'époque. Le décor s'est confirmé image par image, jusqu'à la forme exacte de la promenade. Les autorités turques ont même dû préciser, de leur côté, qu'aucun risque de tsunami n'avait été observé après le séisme. On comprend, dans l'urgence des heures qui suivent un séisme, que personne n'ait pris le temps de vérifier : c'est précisément le moment où tout le monde partage vite, et où presque personne ne vérifie.

Six années séparaient la vague et le séisme. Rien, dans l'image, ne le disait : il fallait sortir de l'image pour le savoir.

Une image peut dire toute la vérité sur l'instant qu'elle a capté, et mentir entièrement sur le jour où on prétend qu'il s'est produit.

Pourquoi ce genre d'image marche si bien

Face à une vidéo-choc, le réflexe est de se demander si elle est vraie ou fausse, comme si c'était la seule question qui comptait. Une vague filmée pour de vrai passe ce test haut la main : rien n'est modifié, rien n'est généré, aucun logiciel n'est même nécessaire. Ce qui a changé, c'est tout ce qu'on a ajouté autour : une date fausse, un lieu inventé, un lien de cause à effet qui n'a jamais existé. Le trucage ne se cache pas dans l'image. Il se cache dans la phrase qui l'accompagne.

Cela ne veut pas dire que toute vidéo de catastrophe partagée en direct est suspecte : la plupart des témoignages du jour même sont sincères. Mais plus une image impressionne, plus elle a de chances d'être ressortie d'un tiroir un jour, précisément parce qu'elle a déjà fait ses preuves une première fois. Une vague spectaculaire filmée une seule fois peut resservir pendant des années, à chaque nouvelle tempête, sur chaque nouveau continent, tant que personne ne remonte à sa toute première apparition.

Croiser la date et le lieu, deux gestes qui suffisent

Le CLEMI, l'organisme de l'Éducation nationale dédié à l'éducation aux médias, forme les élèves à un réflexe précis : une image peut être parfaitement authentique et pourtant sortie de son contexte, par une légende incomplète ou fausse. Vous n'avez pas besoin d'un diplôme de journalisme pour appliquer la même logique : il s'agit surtout de déplacer votre attention, de l'image elle-même vers tout ce qui l'entoure.

La prochaine fois qu'une catastrophe surgit sur votre écran avec ce mot qui presse, maintenant, offrez-lui les dix secondes que sa légende, elle, n'a pas prises : d'où vient vraiment cette image, et surtout, de quand ?

Sujets : photos vérification dates

Sources

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