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Publié le 2026-07-24

Le biais de confirmation : pourquoi on se donne toujours raison


On ne se surprend jamais en train de trier les faits : on a juste l’impression qu’ils nous donnent raison. Voici le biais de confirmation, sa mécanique et le geste qui aide vraiment.

Vous tombez sur un article qui pense comme vous : vous hochez la tête, « voilà, exactement ». Vous en croisez un qui vous contredit : vous cherchez aussitôt la faille. Dans les deux cas, vous croyez évaluer. En réalité, le tri est déjà fait. C’est ça, le biais de confirmation : on ne se surprend jamais en train de trier, on a seulement l’impression que les faits nous donnent raison.

Le mot fait un peu savant, le mécanisme est tout simple. On accorde plus de poids à ce qui va dans notre sens qu’à ce qui nous dérange. Le chercheur Vincent Berthet, de l’Université de Lorraine, le définit comme la tendance à donner davantage de poids aux informations qui confirment nos croyances qu’à celles qui les infirment. Ce qui le rend difficile à repérer, c’est qu’on ne le sent pas passer. Personne ne se dit « tiens, je vais ignorer ce qui me gêne ». On a juste le sentiment, sincère, d’avoir regardé les faits et d’avoir eu raison.

Le piège des trois nombres

Au début des années 1960, le psychologue britannique Peter Wason a posé à des volontaires une devinette d’apparence anodine. Il annonce une suite de trois nombres, 2, 4, 6, en précisant qu’elle obéit à une règle qu’il a en tête. À vous de la deviner. Pour ça, vous proposez vos propres suites, autant que vous voulez, et à chaque fois il répond une seule chose : conforme à la règle, ou pas.

Presque tout le monde s’y prend pareil. On regarde 2, 4, 6, on se dit « des nombres pairs qui montent de deux en deux », et on teste ce qui colle. 8, 10, 12 ? Conforme. 20, 22, 24 ? Conforme. Chaque oui nous conforte, on annonce fièrement notre règle, et on se trompe. Car la vraie règle de Wason était bien plus large : trois nombres en ordre croissant, rien de plus. 1, 2, 3 marchait. 5, 40, 100 aussi.

Ce que Wason a mis en lumière, et qui a donné son nom au biais de confirmation, tient là. Pour tester notre idée, on cherche des exemples qui lui donnent raison, presque jamais des exemples qui pourraient la casser. Or c’est en essayant de la casser qu’on apprend quelque chose. Une suite comme 3, 2, 1, qui aurait fait répondre « non », en disait bien plus long que dix suites gagnantes. Personne, ou presque, ne pensait à la tenter.

Le même piège, sans les nombres

On ne demande plus à personne de deviner des suites de nombres, et pourtant on refait ce geste toute la journée. Prenez une question qui vous travaille, du genre : tel aliment est-il mauvais pour la santé ? La façon dont on tape la recherche décide souvent de la réponse. « Dangers de tel produit » et « bienfaits de tel produit » n’ouvrent pas le même web. On formule la question qui appelle la réponse qu’on attend déjà, et le moteur, obéissant, nous la sert.

La mémoire prend le relais. On retient les fois où notre intuition a tapé juste, on oublie celles où elle s’est plantée, et au bout d’un moment on garde le souvenir sincère d’avoir « toujours eu raison » sur le sujet. Les fils d’actualité, eux, ont appris tout seuls ce qu’on aime : plus on clique sur ce qui nous conforte, plus ils nous en servent. Le biais n’a même plus besoin de nous. On lui a délégué le travail.

On ne cherche pas vraiment à savoir si on a raison. On cherche à le sentir encore une fois.

Chercher exprès à avoir tort

Bonne nouvelle : un geste précis a été testé, et il marche. En 1984, trois chercheurs, Charles Lord, Mark Lepper et Elizabeth Preston, ont demandé à des participants une chose bête en apparence : avant de juger, prendre un instant pour considérer l’hypothèse inverse, chercher activement ce qui plaiderait pour le contraire. Résultat, publié dans le Journal of Personality and Social Psychology : cette consigne, « considérez l’opposé », réduisait le biais bien mieux que la consigne pourtant de bon sens d’essayer d’être juste et objectif.

Pourquoi « considérez l’opposé » bat « soyez objectif » ? Parce que se promettre d’être juste ne dit pas au cerveau quoi faire, tandis que chercher le contre-argument, si. C’est un geste concret, presque mécanique. Vincent Berthet le résume d’une phrase qui reste : penser de façon rationnelle, c’est considérer les alternatives. Concrètement, ça tient en trois mouvements.

On ne guérit pas du biais de confirmation, et ce n’est pas grave. Un cerveau qui aime avoir raison, c’est un cerveau normal. Ce qu’on peut apprendre, c’est à reconnaître le petit soulagement qui monte quand une info nous donne raison, et à en faire un signal plutôt qu’une récompense : le moment, justement, d’aller voir ce qui dirait le contraire. Pas pour se donner tort. Pour savoir, cette fois, si on a raison ou si on se contente de le sentir.

Sujets : biais cognitifs esprit critique vérifier

Sources

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