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Publié le 2026-07-25

Peut-on vraiment répondre à un message tout en suivant une réunion ?


Le cerveau ne mène jamais deux tâches réfléchies de front : il bascule. Ce que montrent les neurosciences sur ce va-et-vient, et sur ce qu'il vous coûte sans que vous le sentiez.

Vous êtes en réunion, ordinateur ouvert, et vous répondez à un message tout en écoutant. Vous levez la tête de temps en temps pour montrer que vous suivez. Dans votre tête, vous faites deux choses à la fois. Dans votre cerveau, il ne se passe rien de tel.

Ce n'est pas une question de discipline personnelle ni de manque d'entraînement. C'est une limite du cerveau lui-même, la même chez tout le monde, qu'on soit du genre à s'éparpiller ou du genre méthodique. La différence entre les deux ne se joue pas sur la capacité à faire deux choses ensemble : personne ne l'a. Elle se joue sur la rapidité et la discrétion de la bascule.

Ce que le cerveau fait vraiment

Étienne Koechlin et Sylvain Charron, chercheurs à l'Inserm, ont étudié en 2010 comment le cerveau gère plusieurs objectifs à la fois. Leur conclusion, rapportée par l'Agence Science-Presse : il ne traite jamais deux tâches réfléchies en même temps, il passe de l'une à l'autre, et il ne parvient pas à jongler avec plus de deux objectifs sans commencer à en perdre un en route. Ce qu'on appelle « faire plusieurs choses à la fois » est en réalité une alternance très rapide, pas un traitement parallèle.

L'alternance elle-même n'est pas gratuite. Une autre équipe, Sergent, Baillet et Dehaene à l'université Paris Descartes, a montré en 2005 qu'il existe une fenêtre incompressible, autour d'un quart de seconde, pour que le cerveau conscient enregistre et traite une information. Pendant qu'il bascule vers la seconde tâche, tout ce qui arrive dans cette fenêtre peut simplement disparaître sans laisser de trace. On appelle ça le clignement attentionnel : un peu comme un appareil photo qui ferme l'obturateur une fraction de seconde. La personne ne sent rien se manquer. C'est justement ce qui rend la chose trompeuse.

On ne sent jamais le moment précis où l'information a disparu. On sent seulement, plus tard, qu'il en manque une.

Le prix caché, mesuré chez ceux qui n'ont pas le choix

Pour observer ce coût dans un cadre où l'erreur compte vraiment, une équipe menée par Chisholm a suivi des urgentistes en 2000 : un médecin est interrompu en moyenne une trentaine de fois pendant une garde de trois heures, souvent avant même d'avoir terminé la tâche précédente. Une étude menée en 2015 à l'université du Michigan sur ce même terrain arrive à une conclusion nette, elle aussi relayée par l'Agence Science-Presse : plus on sollicite le cerveau sur plusieurs fronts, plus le risque d'erreur augmente. Ce ne sont pas des personnes moins compétentes que la moyenne. Ce sont des professionnels formés, placés dans les conditions mêmes que le cerveau gère le plus mal.

Pourquoi on se croit doué pour ça

Si le multitâche coûtait aussi cher qu'on vient de le décrire, pourquoi tant de monde reste convaincu d'y arriver sans problème ? Parce que l'alternance donne l'impression du mouvement, et le mouvement se confond facilement avec l'efficacité. On a répondu à trois messages, suivi une conversation, avancé un dossier : la sensation d'avoir été productif est réelle. Le nombre de choses terminées correctement, lui, l'est moins. Le cerveau ne signale pas la fenêtre d'information perdue pendant le clignement attentionnel : il n'y a donc rien, sur le moment, pour vous alerter que quelque chose vient de vous échapper.

Il existe une vraie exception, et elle explique pourquoi la confusion persiste. Marcher en discutant, ou conduire un trajet familier en écoutant la radio, ne pose aucun problème : ce sont des gestes automatisés par la répétition, qui ne se disputent pas les mêmes ressources attentionnelles qu'une tâche réfléchie. Le souci commence dès que les deux activités demandent une attention consciente en même temps, comme lire un message et suivre un raisonnement.

Rien de tout ça ne condamne à travailler une seule chose du matin au soir sans jamais lever les yeux. L'idée n'est pas de culpabiliser devant deux onglets ouverts, mais de savoir ce que coûte réellement le fait de les faire vivre en même temps, pour choisir en connaissance de cause quand ça vaut le coup et quand ça ne l'est pas.

La prochaine fois qu'une tâche vous semble se faire toute seule pendant que vous en menez une autre, demandez-vous laquelle des deux vient de perdre son quart de seconde. Il y en a toujours une.

Sujets : attention cerveau productivité

Sources

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