Publié le 2026-07-25
Comment vérifier une affirmation qui circule sur internet ?
Face à une affirmation qui circule, le réflexe des vérificateurs n'est pas de la relire : ils vont voir ailleurs qui la reprend, et qui l'a lancée en premier.
Quelqu'un vous affirme, avec un aplomb total, qu'un fait précis est vrai. Une statistique glissée dans une story, une phrase qui commence par « des chercheurs ont montré que », un chiffre lancé à table par un cousin sûr de son coup. Le réflexe le plus courant consiste à rester sur cette phrase : on la relit, on jauge le ton de la personne qui la porte, on se demande si ça sonne plausible. C'est exactement le mauvais endroit où chercher la réponse.
Les vérificateurs professionnels appellent ça la lecture latérale, un mouvement qu'on associe d'habitude à un site entier qu'on quitte pour aller voir ailleurs ce qu'on en dit. On peut pousser le même geste un cran plus loin : sortir non pas du site, mais de la phrase elle-même qu'on vous demande de croire. Un site sérieux peut laisser passer une erreur factuelle dans un article mal relu. Un site douteux peut, une fois n'est pas coutume, rapporter un fait exact. Juger le contenant ne dit encore rien du contenu.
Une affirmation n'est pas un site
Voilà la nuance qui change tout. Évaluer un site, c'est regarder qui édite l'ensemble, depuis quand, avec quel sérieux. Évaluer une affirmation, c'est isoler cette phrase précise : le chiffre, l'événement, la citation qu'on vous demande de croire, et la vérifier pour elle-même. Elle peut surgir dans une conversation, un message transféré, une vidéo, ou un site que vous jugeriez par ailleurs tout à fait correct. Le support ne préjuge de rien : chaque affirmation se vérifie séparément.
Le chercheur américain Mike Caulfield a formalisé ce geste sous le nom de SIFT, une méthode aujourd'hui enseignée dans de nombreuses bibliothèques universitaires américaines, dont celle de l'université de Princeton. L'une de ses quatre étapes s'appelle chercher une meilleure couverture : on isole l'affirmation, puis on va voir ce que plusieurs sources sérieuses en disent, sans se soucier pour l'instant de la réputation générale de l'endroit où on l'a lue en premier. Le guide que Princeton consacre à cette méthode insiste sur ce point précis : cette étape évalue l'affirmation elle-même, pas la fiabilité globale de la source qui l'a fait connaître.
Le geste : sortir de la phrase
Concrètement, la marche à suivre tient en quelques gestes courts.
- Isolez l'affirmation exacte, pas tout l'article ou le message qui l'entoure.
- Copiez-la presque mot pour mot dans un moteur de recherche, entre guillemets si possible.
- Regardez qui d'autre la rapporte : une institution, un média reconnu, un témoin direct, ou seulement des copies du même texte ?
- Notez si des sources sérieuses la nuancent ou la contredisent plutôt que de la répéter telle quelle.
Un détail change tout dans ce genre de recherche : dix résultats qui utilisent exactement la même phrase ne sont pas dix confirmations, seulement un texte recopié dix fois. Ce qui compte, c'est de trouver une source qui a mené sa propre vérification, pas une vitrine de plus qui a simplement republié la première.
Et celui qui l'affirme, il est qui ?
Reste une question que la précédente ne remplace pas : qui a lancé cette affirmation en premier ? Le guide que l'observatoire européen De Facto consacre au métier de vérificateur le rappelle : une bonne partie du travail consiste à identifier qui est à l'origine d'une déclaration, avant même de juger son contenu. Une personne identifiable, avec un nom et un domaine de compétence qu'on peut vérifier ? Une institution qui répond de ses propos ? Ou une source si diluée qu'on ne sait déjà plus qui a dit quoi à qui ?
Ces deux gestes, chercher une meilleure couverture et remonter à celui qui parle, se jouent tous les deux en dehors de la phrase elle-même. C'est toute la logique de la lecture latérale : elle ne s'arrête pas à la porte d'un site, elle s'applique à chaque fait qu'on vous demande de croire, où qu'il se présente.
Sortie de sa page, une affirmation solide tient toujours debout. Une affirmation fragile, elle, ne tenait que par le décor qui l'entourait.
Le test tient en une question à se poser chaque fois qu'un fait vous est présenté comme acquis : si on sort cette phrase de l'endroit où on vient de la lire, tient-elle encore debout toute seule ? Les affirmations solides répondent oui, appuyées ailleurs par des sources qui ne se contentent pas de les répéter. Les autres n'avaient besoin que de leur mise en scène pour paraître vraies.
Sources
- The SIFT Method (guide des bibliothèques de l'université de Princeton) (libguides.princeton.edu)
- Comment fact-checker : guide pour vérifier la véracité des faits (De Facto, observatoire européen EDMO) (defacto-observatoire.fr)