Publié le 2026-07-25
Le quiz « quel personnage es-tu ? » est-il vraiment gratuit ?
Trente secondes de questions, un résultat rigolo à partager : le quiz semble sans conséquence. Ce qu'il demande en coulisses, lui, mérite un vrai regard.
Une amie vient de partager son résultat : elle est « le Sage », vous êtes tenté de voir ce que le quiz dira de vous. Dix questions, deux minutes, un joli visuel à la fin. Rien de tout cela ne coûte d'argent. Et pourtant, quelque chose se paie bel et bien : ce n'est simplement pas avec votre carte bancaire.
Ce type de test marche parce qu'il flatte une curiosité toute simple : qu'est-ce que ce petit jeu va dire de moi ? On aime se voir résumé en une phrase, en un personnage, en une couleur. C'est justement ce ressort qui rend le format si redoutable pour récolter des informations : on répond volontiers, avec plaisir même, à des questions qu'on refuserait de remplir sur un formulaire administratif.
Pour lancer beaucoup de ces quiz, il faut d'abord se connecter avec son compte de réseau social. Un écran de permissions s'affiche, on clique « autoriser » sans vraiment le lire, et l'application obtient un accès qui dépasse largement les dix questions posées. Cybermalveillance.gouv.fr, le dispositif public d'assistance aux victimes d'actes de cybermalveillance, le rappelle sans détour : ces applications tierces peuvent avoir accès à vos informations personnelles, vos contacts, vos publications, vos messages privés.
Le quiz qui a changé une élection
Ce scénario n'a rien de théorique. En 2018 a éclaté ce qu'on a appelé le scandale Cambridge Analytica : un chercheur de l'université de Cambridge, Aleksandr Kogan, avait mis en ligne un quiz de personnalité nommé « thisisyourdigitallife ». Environ 270 000 personnes l'ont rempli directement, souvent contre quelques dollars. Mais l'application aspirait aussi les données des amis de chaque participant, sans que ceux-ci aient rien demandé ni rien autorisé : au total, ce sont les comptes d'environ 87 millions de personnes dans le monde qui se sont retrouvés concernés, dont près de 210 000 en France.
Ces informations ont ensuite servi à construire des profils psychologiques détaillés, utilisés pour cibler des messages de campagne politique. Le quiz, lui, n'a jamais eu besoin de mentir sur son résultat : il faisait exactement ce pour quoi il avait été programmé. C'était juste rarement écrit en toutes lettres avant de cliquer « autoriser ».
Le quiz ne demandait pas votre avis : il demandait l'accès à votre compte, et souvent à celui de vos amis.
Des questions qui ressemblent à des réponses secrètes
Regardez d'un peu plus près les questions posées par certains quiz ou défis « pour mieux vous connaître » : le nom de votre premier animal, votre ville de naissance, le nom de jeune fille de votre mère, le nom de votre école primaire. Prises une par une, elles semblent innocentes. Mises bout à bout, ce sont très exactement les questions qu'une banque ou un service en ligne pose pour vérifier votre identité en cas d'oubli de mot de passe.
Personne ne construit ces quiz dans l'intention précise de voler un compte bancaire. Mais une réponse publiée reste consultable, parfois des années plus tard, par n'importe qui a accès à votre profil. Une information qui protège un compte ailleurs n'a pas grand-chose à faire étalée sur un réseau social, même sous forme de jeu.
La plupart des quiz qui circulent restent ce qu'ils prétendent être : un petit jeu sans suite, conçu pour faire sourire et remplir un fil d'actualité pendant cinq minutes. Il ne s'agit pas de soupçonner chaque test amusant d'un plan caché. Mais le geste de vérifier ce qu'on autorise avant de cliquer coûte, lui, à peine plus de temps que le quiz.
- Éviter de connecter un compte de réseau social à une application tierce juste pour un quiz.
- Vérifier dans les paramètres du compte quelles applications ont accès à vos données, et révoquer celles qui ne servent plus.
- Ne jamais répondre publiquement à une question qui ressemble à une question de sécurité bancaire.
- Se méfier des quiz qui exigent de partager le résultat ou d'inviter des amis avant même de l'afficher.
Le quiz du jour restera probablement sans suite : peu de tests de personnalité finissent par influencer une élection. Mais la mécanique, elle, tourne à chaque fois de la même manière, que l'enjeu soit énorme ou minuscule. Deux minutes de curiosité contre un accès qu'on ne mesure jamais vraiment : le calcul mérite d'être fait avant de cliquer, pas après.
Sources
- La sécurité sur les réseaux sociaux (Cybermalveillance.gouv.fr) (cybermalveillance.gouv.fr)
- Cambridge Analytica (Wikipédia) (fr.wikipedia.org)