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Publié le 2026-07-25

« Le risque double » : doublé par rapport à quoi ?


Un titre qui annonce un risque doublé dit rarement combien de personnes sont concernées. Voici pourquoi le relatif impressionne et pourquoi l'absolu remet les choses à leur échelle.

En octobre 1995, un communiqué tombe au Royaume-Uni : les pilules contraceptives de troisième génération multiplient par deux le risque de faire un caillot sanguin potentiellement mortel. Le mot « doublé » fait l'effet d'une bombe dans la presse. Des femmes arrêtent leur pilule du jour au lendemain, parfois sans en parler à un médecin ni basculer vers une autre contraception.

Le risque a bien doublé, on ne va pas dire le contraire : ce n'est pas une exagération de journaliste pressé. Mais doublé par rapport à quoi ? Les données de l'époque, rappelées par la Société française de médecine d'urgence, situaient le risque de thrombose à environ une femme sur 7 000 sous pilule de deuxième génération. Avec la pilule de troisième génération, ce chiffre passait à deux femmes sur 7 000. Deux fois plus de risque, et pourtant un risque qui reste minuscule : un cas de plus sur 7 000 femmes, pas une épidémie. Personne, à l'époque, n'avait menti sur ce doublement : le problème est ailleurs. On a communiqué le multiplicateur sans jamais afficher, dans le même souffle, la base sur laquelle il s'appliquait.

Le relatif fait le spectacle, l'absolu fait la réalité

Les spécialistes distinguent deux façons de raconter la même variation. Le risque relatif compare un groupe à un autre : il répond à la question « combien de fois plus ? ». Le risque absolu dit la probabilité réellement vécue par une personne : il répond à « sur combien de personnes, concrètement ? ». La revue indépendante Prescrire illustre la mécanique avec un exemple pédagogique : une maladie qui touche, disons, une personne sur 10 000, et qu'une exposition fait passer à deux personnes sur 10 000, affiche un risque relatif en hausse de 100 %, un risque doublé, pour un risque absolu qui reste de deux personnes sur dix mille. Le pourcentage a raison. L'impression qu'il laisse ne l'est pas.

Le risque relatif n'a rien de malhonnête en soi : il sert très bien à comparer deux traitements entre eux, ou à repérer qu'un facteur pèse réellement sur un résultat. Le problème commence quand il circule seul, sans le risque absolu pour lui donner une échelle. Les deux nombres se complètent, ils ne se remplacent jamais l'un l'autre.

Pourquoi le relatif gagne presque toujours le titre

Le relatif l'emporte presque toujours dans les titres, pour une raison simple : il impressionne davantage. « Le risque double » se lit en une seconde. « Le risque passe d'une femme sur 7 000 à deux femmes sur 7 000 » demande un peu plus d'attention, pour un effet bien moins spectaculaire, alors que les deux phrases décrivent exactement le même fait. Un communiqué, un article ou une publicité choisissent souvent leur camp selon ce qu'ils veulent provoquer chez vous : l'inquiétude se vend mieux en relatif, la réassurance se vend mieux en absolu.

L'épisode britannique de 1995 montre ce que cela peut coûter. La panique a poussé de nombreuses femmes à arrêter leur contraception sans relais, avec des conséquences bien réelles : selon la Société française de médecine d'urgence, l'année suivante a compté 13 000 avortements supplémentaires en Angleterre et au pays de Galles, et environ 800 filles de moins de 16 ans ont eu un enfant. Or les avortements et les grossesses font grimper le risque de thrombose dans des proportions bien supérieures à celle qu'on reprochait à la pilule. Une communication centrée sur le relatif, sans l'absolu à côté, a fini par créer un risque plus grand que celui qu'elle dénonçait.

Un risque relatif dit combien de fois plus. Un risque absolu dit combien de personnes, en vrai. Il faut toujours les deux pour comprendre le troisième.

La question qui remet les pendules à l'heure

Devant un « ça multiplie le risque par deux », par trois ou par dix, il vaut la peine de demander tout de suite deux fois plus de quoi, exactement, et sur quelle population de départ. Si la réponse tarde à venir, ou reste dans le flou, c'est déjà un renseignement en soi. Un risque présenté honnêtement s'accompagne presque toujours de son double : le nombre de fois plus, et le nombre de personnes concernées, l'un à côté de l'autre, jamais l'un sans l'autre.

La prochaine fois qu'un titre promet qu'un risque a doublé, triplé ou grimpé en flèche, prenez-le comme une invitation plutôt que comme un verdict. Cherchez le nombre d'à côté, celui qui ne fait pas de bruit. C'est souvent lui qui décide si vous devez vraiment vous inquiéter, ou simplement hausser un sourcil avant de passer à autre chose.

Sujets : santé statistiques esprit critique

Sources

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