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Publié le 2026-07-25

Le sucre rend-il vraiment les enfants hyperactifs ?


Non : les études en double aveugle ne trouvent aucun effet. Ce qui rend les enfants surexcités au goûter, c'est la fête elle-même, pas le sucre dans l'assiette.

Vous avez sans doute déjà vécu la scène. Le gâteau est à peine coupé que les enfants courent entre les chaises, crient plus fort que d'habitude, un verre se renverse quelque part. Quelqu'un souffle, mi-amusé mi-fatigué : « Bon, ils sont sous sucre. » Vous acquiescez, vous aussi, presque par réflexe : tout le monde le dit depuis toujours, ça doit bien venir de quelque part. Et pourtant, depuis une trentaine d'années, les chercheurs qui ont vraiment testé cette hypothèse n'arrivent pas à la faire tenir debout.

La référence en la matière est une méta-analyse publiée en 1995 dans la revue JAMA, signée Mark Wolraich, Deborah Wilson et J. Wade White. Les auteurs ont réuni seize études répondant toutes aux mêmes critères stricts : une quantité de sucre connue, un placebo à base d'édulcorant pour comparer, et un protocole en double aveugle où ni les enfants, ni les parents, ni les observateurs ne savaient qui avait réellement reçu du sucre. Sur les quatorze mesures de comportement et de performance passées au crible, aucun effet ne sort du hasard. Les auteurs restent honnêtes sur les limites de leur propre travail : un petit effet, ou un effet chez certains enfants en particulier, ne peut pas être totalement exclu. Mais l'idée d'un sucre qui déclencherait une excitation généralisée, elle, ne trouve aucun appui dans leurs chiffres.

Le vrai coupable : ce qu'on s'attend à voir

Alors pourquoi cette impression reste-t-elle aussi partagée ? Une expérience menée en 1994 par les chercheurs Daniel Hoover et Richard Milich donne une piste sérieuse. Trente-cinq garçons de 5 à 7 ans, déjà considérés par leur mère comme sensibles au sucre, ont participé à l'étude. Tous, sans exception, ont reçu la même boisson édulcorée, sans sucre. La seule chose qui changeait, c'est ce qu'on disait aux mères : à la moitié d'entre elles, les chercheurs annonçaient que leur fils venait d'absorber une forte dose de sucre. Ces mères ont jugé leur enfant nettement plus hyperactif que ne l'ont fait les mères du groupe témoin, alors qu'il n'avait rien bu de différent. Elles se sont aussi montrées plus proches de lui physiquement, l'ont davantage repris, regardé et sollicité pendant l'observation. Le sucre n'avait rien changé chez l'enfant. L'attente de le voir changer, si, chez la mère.

On peut même imaginer la suite du mécanisme. Une mère plus proche, plus corrective, qui surveille de plus près et intervient plus souvent : un enfant peut très bien réagir à cette attention accrue par un peu plus d'agitation, sans qu'aucun sucre n'entre en jeu. La croyance se nourrirait alors un peu elle-même, en modifiant le comportement de l'adulte avant de modifier, par ricochet, celui de l'enfant.

Ce que vous remarquez peut-être, vous, au goûter d'anniversaire, n'est donc pas forcément faux : les enfants sont souvent plus excités ce jour-là. Mais le contexte suffit largement à l'expliquer, sans convoquer le sucre. Mark Corkins, pédiatre à l'Académie américaine de pédiatrie, le rappelle : ce genre de pic d'excitation survient aussi les jours où aucun sucre n'est servi. Ce qui change vraiment l'ambiance, ce sont d'autres ingrédients, moins sucrés mais nettement plus efficaces.

Une idée née dans les années 1970, jamais vérifiée depuis

L'idée elle-même a un âge et une origine précise. Elle remonte à un allergologue américain, Benjamin Feingold, qui publie dans les années 1970 un livre au titre sans détour, Why Your Child Is Hyperactive, et qui accuse les additifs alimentaires et le sucre de déclencher l'hyperactivité chez les enfants, avec assez peu de preuves à l'appui d'après la RTBF. L'idée séduit, se répand dans les magazines et les salles d'attente, et s'installe durablement dans le langage courant des familles, bien au-delà du cercle des personnes qui ont lu le livre. Les études plus rigoureuses qui suivront ne la confirmeront jamais. Mais une explication qui a déjà un nom, et qui tombe pile au bon moment devant un adulte fatigué, n'a plus vraiment besoin d'être vraie pour survivre : il lui suffit d'être pratique.

Voilà comment une croyance sans fait tient bon pendant cinquante ans : elle n'exige aucune preuve, seulement des parents fatigués qui cherchaient déjà une explication toute faite pour une soirée qui leur échappe. La prochaine fois qu'un anniversaire tourne à l'effervescence générale, le sucre a bon dos. Le vrai responsable, c'est la fête elle-même.

Sujets : enfance alimentation idées reçues

Sources

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