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Publié le 2026-07-25

Pourquoi les infos surprenantes se partagent-elles autant ?


Ce qui nous étonne capte notre attention, pas notre confiance : la surprise fait partager plus vite qu'elle ne prouve quoi que ce soit.

Un chat qui aurait sauvé tout un quartier, un objet tombé du ciel sans qu'on sache d'où, un chiffre qui semble impossible : ce genre d'histoire fait le tour d'un immeuble, d'un village ou d'un groupe de discussion en une soirée. Une réunion de copropriété qui s'est bien passée, elle, n'ira nulle part. Personne n'a jamais fait circuler une nouvelle parce qu'elle était parfaitement normale.

C'est un vieux réflexe, bien plus vieux que les écrans. Ce qui sort de l'ordinaire capte l'attention ; ce qui confirme l'ordinaire n'en capte aucune. Le problème, c'est que ce réflexe ne fait aucune différence entre une chose surprenante parce qu'elle est vraie, et une chose surprenante parce qu'elle a été fabriquée pour l'être.

Le journalisme le savait avant les réseaux

En 1965, le chercheur norvégien Johan Galtung et sa collègue Mari Holmboe Ruge ont publié, dans la revue Journal of Peace Research, l'une des études fondatrices sur ce qui transforme un événement en information qui circule. Parmi la douzaine de critères qu'ils ont dégagés en étudiant la couverture de plusieurs crises internationales dans la presse norvégienne, un seul revient presque à chaque page : plus un fait est inattendu, plus il a de chances d'être repris et raconté.

Autrement dit, les rédactions ne choisissaient pas ce qui était le plus important, ni même le plus vrai. Elles choisissaient ce qui sortait du lot. Le réel, dans son immense majorité, ressemble beaucoup à la veille : il n'a aucune obligation d'être palpitant. Ce sont les exceptions qui font recette, précisément parce qu'elles sont rares.

Le constat n'a pas pris une ride avec les réseaux sociaux. En 2017, les chercheurs britanniques Tony Harcup et Deirdre O'Neill ont repris ce travail pour la revue Journalism Studies, en examinant cette fois des médias habitués à Facebook et Twitter. La surprise figure toujours parmi leurs critères, définie comme les récits qui comportent, selon leurs mots, « un élément de surprise ou de contraste ». Ce qui a changé, ce n'est pas l'appétit pour l'étonnant : c'est la vitesse à laquelle n'importe qui, et plus seulement une rédaction, peut désormais le satisfaire.

Prenons un exemple neutre. Imaginons deux publications le même jour : l'une annonce qu'une enseigne de quartier a changé ses horaires d'ouverture, l'autre affirme qu'un fruit courant serait en réalité toxique depuis toujours sans que personne ne l'ait jamais remarqué. La première est sans doute vraie et n'intéressera que les habitués. La seconde va circuler bien au-delà du quartier, exacte ou non, simplement parce qu'elle promet une révélation là où l'autre ne promet qu'une information de routine.

Le vrai n'a rien à prouver en étant excitant. C'est justement pour ça qu'il perd souvent ce concours-là.

Étonnant n'est pas vérifié

Voilà où le bât blesse. Un fait peut être étonnant et vrai : la nature, la science, le hasard produisent régulièrement des choses qui dépassent ce qu'on aurait imaginé la veille. Un fait peut aussi être étonnant et faux, fabriqué justement pour provoquer ce petit haussement de sourcil qui donne envie de le montrer à quelqu'un. De l'extérieur, les deux se ressemblent à s'y méprendre. Le sourcil qui se lève ne sait pas faire la différence, et ce n'est pas son travail.

La question à se poser n'est donc jamais « est-ce que ça m'étonne ? » : la réponse sera presque toujours oui pour ce genre de contenu, vrai ou non. La bonne question est différente : qu'est-ce qui, en dehors de ma surprise, confirme que c'est arrivé comme décrit ? Un lieu qu'on peut situer, une date qu'on peut vérifier, une source qu'on peut retrouver soi-même ? Sans ça, on tient une bonne histoire, pas encore une information.

Ce n'est pas une raison de se méfier par principe de tout ce qui surprend : ce serait se priver de la plupart des vraies découvertes, qui sont par définition des surprises. C'est plutôt une raison de traiter l'étonnement comme un signal d'intérêt, pas comme un signal de vérité : les deux se déclenchent au même instant, mais ils ne mesurent pas la même chose.

Une histoire taillée pour surprendre présente souvent les mêmes coutures :

Plus un fait sort de l'ordinaire, plus il gagne à s'appuyer sur autre chose que l'effet qu'il produit sur vous : un document, un lieu, une source qu'on peut vérifier sans se fier à sa seule impression.

Un fait qui vous surprend a gagné votre attention. Il n'a pas encore gagné votre confiance, et ce sont deux choses qu'on peut accorder à des moments différents.

Sujets : surprise partage information

Sources

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