Publié le 2026-07-25
Retient-on vraiment moins bien un texte sur écran que sur papier ?
Plusieurs études convergent : la compréhension d'un texte informatif est en moyenne meilleure sur papier que sur écran. Voici ce que ça change concrètement, et quand l'écran suffit très bien.
Vous avez lu ce document PDF de dix pages sur votre téléphone la semaine dernière. Vous vous souvenez du sujet, vaguement de la conclusion, mais impossible de remettre la main sur ce passage précis qui vous avait pourtant marqué sur le moment. Avec un livre ou un dossier imprimé, ce genre de trou est moins fréquent. Ce n'est pas une impression : plusieurs équipes de recherche ont mesuré cet écart.
Ce que montre une grande synthèse d'études
En 2018, dans la revue Educational Research Review, les chercheurs Pablo Delgado, Cristina Vargas, Rakefet Ackerman et Ladislao Salmerón ont rassemblé 54 études menées entre 2000 et 2017, auprès d'environ 171 000 lecteurs au total, comparant la compréhension d'un même contenu lu sur papier ou sur écran. Leur conclusion : la compréhension est en moyenne meilleure sur papier. Mais cet écart ne concerne pas tous les textes de la même façon. Il apparaît nettement pour les textes informatifs et les textes mixtes ; il disparaît presque pour les textes purement narratifs, comme un roman ou une nouvelle. Autre détail notable de cette synthèse : l'écart entre papier et écran s'est creusé dans les études les plus récentes par rapport aux plus anciennes, alors même que les écrans se sont améliorés.
Cet écart reste une moyenne, pas une règle qui s'appliquerait à chaque lecteur ou chaque situation. Certaines personnes lisent aussi bien sur écran que sur papier, surtout quand elles y sont très entraînées. Mais le sens de la tendance, lui, est resté stable d'une étude à l'autre depuis vingt ans, ce qui en fait un signal plus solide qu'un résultat isolé.
La carte mentale que le papier offre
Une étude plus ancienne aide à comprendre pourquoi. En 2013, la chercheuse Anne Mangen et ses collègues, du centre de lecture de l'université de Stavanger en Norvège, ont réparti au hasard 72 élèves norvégiens d'une quinzaine d'années, en dixième année de scolarité, en deux groupes : l'un lisait un texte de fiction et un texte informatif sur papier, l'autre lisait exactement les mêmes textes en PDF sur un écran d'ordinateur. Le niveau de lecture de chacun avait été mesuré à l'avance, pour comparer des groupes équivalents. Résultat, sur les deux types de textes : le groupe papier a obtenu de meilleurs scores de compréhension que le groupe écran.
L'explication avancée par les chercheuses tient à la matérialité de l'objet. Un livre ou un dossier a un poids, une épaisseur, des pages qu'on tourne : le cerveau construit sans effort une sorte de carte spatiale du texte, il sait que ce passage important se trouvait plutôt vers le début, en bas d'une page. Cette mémoire des lieux aide à retrouver une information et à garder une vue d'ensemble. À l'écran, la position dans le texte se réduit à des indices abstraits, une barre de défilement, un numéro de page qui grimpe, bien moins ancrés dans une mémoire concrète.
Un livre garde la trace de l'endroit où vous avez lu quelque chose. Un écran ne garde qu'un chiffre qui monte.
Quand l'écran ne pose aucun problème
Il serait faux d'en conclure que l'écran abîme toute lecture. La synthèse de Delgado et ses collègues le rappelle : pour un texte narratif, une histoire qu'on suit du début à la fin sans avoir besoin d'y revenir sans cesse, la différence de compréhension entre papier et écran devient minime. Ce qui pèse surtout, c'est le défilement continu propre à beaucoup d'écrans, qui encourage une lecture plus rapide et plus superficielle, faite pour repérer l'essentiel plutôt que pour s'attarder. Un texte long, dense, ou qu'il faudra pouvoir retrouver précisément plus tard, profite davantage d'un support qui se feuillette qu'un support qui défile.
- Pour un texte long et important (cours, contrat, dossier à décortiquer), imprimez-le ou lisez-le en mode page plutôt qu'en défilement continu.
- Sur une liseuse ou une tablette, préférez un affichage par pages tournées à un défilement infini : ça reconstitue un peu la carte spatiale du papier.
- Pour une lecture de loisir, une histoire simple à suivre, l'écran fait très bien l'affaire.
- Avant un examen ou une réunion où vous devrez restituer des détails précis, une relecture sur papier du document clé peut faire la différence.
Le support n'est donc pas un détail de confort, c'est un outil qui façonne ce qu'on retient. La prochaine fois qu'un texte compte vraiment pour vous, la question à vous poser n'est pas seulement « qu'est-ce que je lis », mais aussi « sur quoi ».
Sources
- Lire sur papier, lire sur écran : en quoi est-ce différent ? (The Conversation) (theconversation.com)
- Paper beats computer screens (ScienceNorway) (sciencenorway.no)