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Publié le 2026-07-25

Surligner son cours en couleurs aide-t-il vraiment à le retenir ?


Un texte rempli de jaune fluo donne une impression de travail accompli. Les études sur le sujet racontent une histoire plus nuancée, et surtout plus utile pour réviser réellement.

Un cours couvert de jaune fluo a quelque chose de rassurant. On referme le classeur avec le sentiment d'avoir accompli quelque chose de sérieux : la matière est repérée, classée, prête à ressortir le jour venu. Ce sentiment existe depuis que le surligneur existe, et les chercheurs qui étudient la mémoire s'y sont intéressés depuis des décennies. Leur verdict est plus nuancé qu'un simple oui ou non.

Un demi-siècle d'études, des résultats en dents de scie

Dès 1956, une étude menée par Stordahl et Christensen ne trouvait aucun avantage du surlignage par rapport à une lecture simple, un résultat confirmé en 1971 par Todd et Kessler. En 1974, Fowler et Barker sont allés plus loin : plus un texte comptait de passages surlignés, moins bonne était la performance au test qui suivait. En 1992, une étude de Peterson a montré que les étudiants ayant relu leur propre version surlignée réussissaient moins bien les questions qui demandaient de faire des liens entre les idées, même si les réponses portant sur des détails isolés s'en sortaient un peu mieux.

Mais d'autres travaux nuancent ce tableau sombre. Rickards et August, en 1975, ont demandé à un groupe de ne surligner qu'une seule phrase par paragraphe : contraints de trier, ces étudiants ont mieux retenu le texte que ceux qui lisaient sans rien marquer. En 2009, une étude de Hayati et Shariatifar a montré qu'entraîner d'abord des étudiants à repérer les idées principales d'un texte améliorait ensuite leurs résultats aux tests de compréhension une fois qu'ils surlignaient. Le surlignage n'est donc pas condamné en soi. Ce qui pose problème, c'est la version la plus courante : un stylo qui glisse sur la moitié d'une page parce que tout semble important, sans qu'on ait vraiment appris à distinguer l'essentiel du reste.

Pourquoi le geste donne l'impression d'apprendre

Colorier une phrase est un acte rapide, presque automatique : on décide que c'est important, on trace le trait, on passe à la suivante. Rien, dans ce geste, n'oblige à reformuler l'idée, à la relier à ce qu'on sait déjà, ou à se demander pourquoi elle compte. Le classeur devient visiblement plus coloré, ce qui ressemble à un progrès, alors que le travail mental profond, celui qui construit une vraie compréhension, n'a pas forcément eu lieu.

Une étude de 2015 menée par Yue, Storm, Kornell et Bjork illustre bien cette limite. Des participants lisaient un texte de plusieurs centaines de mots, certains en le surlignant, d'autres non, puis repassaient dessus soit tout de suite, soit après une pause. Une semaine plus tard, ceux qui avaient surligné puis relu tout de suite se souvenaient d'environ 45 % des termes clés du texte, contre environ 30 % pour ceux qui n'avaient ni surligné ni marqué de pause. Un avantage réel, donc, mais qui s'est évaporé dès que la pause avant la relecture (autrement dit, un peu de temps pour laisser retomber la mémoire fraîche) est entrée en jeu : les deux groupes espacés tournaient alors autour de 35 %, surlignage ou pas.

Le surligneur trace des traits sur la page. Il n'en trace aucun dans la tête.

Ce qui fonctionne mieux que la couleur

L'enseignement à tirer de ces travaux n'est pas de jeter le surligneur, mais de changer ce qu'on attend de lui. Utilisé avec parcimonie, pour repérer une seule idée forte par section plutôt que la moitié du texte, il aide à trier. Utilisé pour remplacer l'effort de comprendre, il ne fait que décorer une fausse impression de maîtrise. La différence ne tient pas à l'outil, mais à ce qui se passe juste après l'avoir posé.

La prochaine fois qu'un cours vous semble bien appris parce qu'il est joliment coloré, posez-vous une question simple : si on vous enlevait le texte maintenant, sauriez-vous encore l'expliquer à quelqu'un ? C'est cette réponse-là qui compte, pas la couleur de la page.

Sujets : mémoire révision attention

Sources

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