Chiffres trompeurs
30 cas dans cette catégorie
Facile
Que penser de ce chiffre de 87 % ?
Une publicité pour un gel énergisant annonce : « 87 % des utilisateurs ont trouvé plus d'énergie ! » En bas de la page, en tout petit : « Sondage auprès de 45 personnes ayant acheté le produit. »
- 45 personnes, et ce sont les acheteurs du produit
- C'est fiable : 87 % c'est une large majorité
- C'est le bon calcul mathématique, donc le chiffre est juste
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La bonne réponse : 45 personnes, et ce sont les acheteurs du produit
Les 45 personnes ne représentent personne : ce sont des gens qui ont déjà payé pour le produit et qui veulent justifier leur achat. Ce n'est pas un public témoin : aucun groupe de contrôle, personne d'autre n'a testé pour comparer. Un pourcentage impressionnant sur une base minuscule et partisane vaut zéro. Le geste : qui a répondu ? Comment ces gens ont-ils été choisis ?
Réflexe(s) lié(s) : 1. Qui parle ? · 9. Le chiffre a-t-il un contexte ?
Que reprocher à ce titre ?
Un journal régional titre : « Les admissions aux urgences ont augmenté de 200 % en un mois ! » Le texte précise : « De 8 passages à 24 passages au mois de janvier comparé à décembre précédent. »
- 8 à 24 passages, c'est une variation minuscule
- La hausse est de 16 passages, donc de 16 %, pas de 200 %
- Rien : le pourcentage est exact, donc le titre informe bien
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La bonne réponse : 8 à 24 passages, c'est une variation minuscule
Le calcul est juste : de 8 à 24, cela fait bien 200 % de hausse. Le titre est donc mathématiquement exact, et pourtant trompeur. Tripler un nombre tout petit laisse un nombre tout petit : 8 passages devenus 24 dans un service qui en reçoit 800 à 1 000 par mois, c'est la variation ordinaire de quelques jours. Et la hausse en nombre (16 passages) n'est pas la hausse en pourcentage : confondre les deux est une autre façon de se tromper. Le geste : chercher le point de départ en nombres absolus, puis juger si la variation sort vraiment de l'ordinaire.
Réflexe(s) lié(s) : 9. Le chiffre a-t-il un contexte ? · 6. Trop beau pour être vrai ?
Pourquoi ce chiffre est-il trompeur seul ?
Une marque de boisson annonce : « Nos clients achètent en moyenne 4 fois par mois. » Vous savez que dans ce groupe, certains achètent 20 fois par mois et d'autres une seule fois. La moyenne cache des mondes différents.
- Parce qu'il faudrait connaître le nombre total de clients
- Parce que 4 fois c'est beaucoup trop
- La moyenne cache l'écart entre les clients
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La bonne réponse : La moyenne cache l'écart entre les clients
Une moyenne de 4 fois peut recouvrir 1 000 clients qui achètent 3 fois et 10 clients qui achètent 100 fois : certains sont de très gros acheteurs, d'autres des acheteurs rares, et le chiffre vraiment intéressant reste invisible. La marque adore la moyenne parce qu'elle semble raisonnable. Le geste : demander la médiane (le chiffre du milieu, qui coupe le groupe en deux) ou l'écart-type, qui dit à quel point les clients s'écartent de la moyenne. Cela remet les pieds sur terre.
Réflexe(s) lié(s) : 9. Le chiffre a-t-il un contexte ?
Que manque-t-il pour juger ce chiffre ?
Vous lisez : « La vente d'une marque de montres a augmenté de 150 % en trois ans. » Aucune date, aucun chiffre de départ. On ne sait pas si c'est passé de 2 montres à 5 montres ou de 1 million à 2,5 millions.
- Le taux de change des devises
- Les chiffres bruts de départ et d'arrivée
- Le nom du fondateur de la marque
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La bonne réponse : Les chiffres bruts de départ et d'arrivée
Un pourcentage sans contexte est une coquille vide : sans les nombres absolus de départ et d'arrivée, 150 % ne dit rien du tout. Le geste : toujours chercher les chiffres bruts. Qu'y avait-il avant ? Qu'y a-t-il maintenant ? C'est avec ces deux chiffres qu'on peut juger si la hausse est réelle ou théâtrale.
Réflexe(s) lié(s) : 9. Le chiffre a-t-il un contexte ? · 3. Quelle date ?
Quel piège visuel y a-t-il ?
Un graphique montre l'évolution de la température sur un mois. L'axe Y commence à 18 °C (alors que la plus basse est 19,5 °C) pour finir à 25 °C. Les variations entre les jours ont l'air gigantesques, avec des pics et des creux spectaculaires.
- Le graphique montre des variations réelles et impressionnantes
- L'axe vertical ne commence pas à zéro
- Il n'y a pas de problème, le graphique est correct
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La bonne réponse : L'axe vertical ne commence pas à zéro
En commençant l'axe à 18 °C au lieu de 0 °C, une variation de deux ou trois degrés devient visuellement énorme : les petites variations sont amplifiées jusqu'à paraître dramatiques. C'est une astuce classique pour rendre spectaculaire ce qui est banal. Le lecteur voit des montagnes russes alors qu'il n'y a qu'une variation normale. Le geste : toujours regarder où commence l'axe, et quelle est vraiment l'amplitude numérique, pas seulement l'amplitude visuelle.
Réflexe(s) lié(s) : 4. L'image dit-elle ce qu'on prétend ? · 9. Le chiffre a-t-il un contexte ?
Que penser du chiffre du titre ?
Un article sur les accidents affirme : « 12 000 accidents de scooter ce mois-ci ! » En lisant plus loin : « C'est le cumul des trois derniers mois dans tout le pays. »
- 12 000 c'est le vrai chiffre, le titre est correct
- Le titre est juste mais l'article est inutile
- Le titre cumule trois mois et n'en annonce qu'un
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La bonne réponse : Le titre cumule trois mois et n'en annonce qu'un
Dire « ce mois-ci » quand on additionne trois mois trompe : le titre cache l'unité de temps. Cela revient à diviser par trois (4 000 par mois, en réalité), mais le titre donne l'impression d'une urgence tenant à un seul mois. C'est une confusion entre cumul et chiffre ponctuel. Le geste : vérifier si le chiffre annoncé est annuel, mensuel, hebdomadaire, ou un cumul. Ce détail change tout.
Réflexe(s) lié(s) : 3. Quelle date ? · 9. Le chiffre a-t-il un contexte ?
Le chiffre de 20 % est-il utilisable ?
Un média annonce : « La criminalité a augmenté de 20 % dans la région centre-sud cette année ! » On découvre que les données incluent les cambriolages, les petits délits et les contraventions de stationnement impayées, tous mélangés.
- Non : il mélange des infractions sans rapport
- Oui, c'est un chiffre officiel
- Non, mais parce que c'est trop vieux
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La bonne réponse : Non : il mélange des infractions sans rapport
« Criminalité » est un mot vague. Mettre ensemble les stationnements impayés, les cambriolages et les violences, puis en sortir un pourcentage unique, c'est mélanger des phénomènes qui n'ont rien à voir : une hausse des contraventions n'est pas une hausse des agressions, et le chiffre embrouille plus qu'il n'éclaire. Le geste : demander la ventilation. Quel type d'infraction ? Sur quoi porte vraiment la hausse ? Sinon le chiffre global ne veut rien dire.
Réflexe(s) lié(s) : 9. Le chiffre a-t-il un contexte ? · 2. Quelle source ?
Est-ce vraiment un « record historique » ?
Une jeune entreprise annonce : « On a atteint un record : 500 000 téléchargements de notre application en trois mois ! » Elle n'existe que depuis trois ans, et ses trimestres précédents affichaient 50 000 puis 100 000 téléchargements.
- Techniquement oui, mais trois ans, c'est court pour un « record historique »
- Non, 500 000 c'est moins que le record réel qui est un million
- Oui, et cela prouve que l'application va continuer à croître
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La bonne réponse : Techniquement oui, mais trois ans, c'est court pour un « record historique »
Un « record » adossé à trois ans d'existence est un argument de vente léger. Si l'application existait depuis dix ans avec une courbe plate, puis ce pic, ce serait un vrai record. Sur trois ans, c'est une croissance de démarrage ordinaire, et rien n'y annonce qu'elle continuera : un pic n'est pas une tendance. Le mot « historique » donne du poids à ce qui n'en a pas. Le geste : chercher sur combien de temps porte le record.
Réflexe(s) lié(s) : 3. Quelle date ? · 9. Le chiffre a-t-il un contexte ?
Pourquoi ce chiffre brut est-il difficile à juger ?
Un rapport d'ONG affirme : « 2,3 milliards de gens n'ont pas accès à de l'eau potable. C'est énorme ! » Aucun contexte sur la population mondiale, aucune comparaison.
- Parce qu'une ONG ne peut pas compter aussi haut
- Parce que 2,3 milliards c'est un très grand nombre, donc c'est un problème grave
- Parce qu'on ne connaît pas le total auquel comparer
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La bonne réponse : Parce qu'on ne connaît pas le total auquel comparer
Un chiffre brut sans échelle de comparaison flotte dans le vide : sans savoir que la population mondiale approche 8 milliards, on ne peut pas dire si l'on parle de 30 % ou de 90 % de l'humanité. 2,3 milliards sur 8 milliards, cela fait 29 % : c'est grave, mais la majorité a bien accès à l'eau. Le chiffre seul dit « beaucoup » et cache la proportion. Le geste : toujours chercher le dénominateur. Quel pourcentage cela représente-t-il, et par rapport à quoi ?
Réflexe(s) lié(s) : 9. Le chiffre a-t-il un contexte ? · 6. Trop beau pour être vrai ?
Comment deux journaux peuvent-ils dire l'opposé ?
Un journal écrit : « Le salaire médian a baissé de 3 % cette année. » Un autre journal simultanément : « Les salaires ont augmenté en moyenne de 2 % cette année. » Aucun des deux ne ment.
- Parce que l'année n'est pas finie pour l'un des journaux
- L'un des deux se trompe forcément
- La moyenne peut monter quand la médiane baisse
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La bonne réponse : La moyenne peut monter quand la médiane baisse
La moyenne et la médiane ne racontent pas la même histoire. Si les plus hauts salaires montent beaucoup, ils tirent la moyenne vers le haut, même si la majorité des salariés gagne moins : la moyenne monte pendant que la médiane, le salaire du milieu, baisse. Les deux journaux peuvent donc avoir raison en même temps. C'est pourquoi on a besoin des deux chiffres. Le geste : regarder si on lit « moyenne » ou « médian », cela change tout. Si c'est une moyenne, demander la médiane, et l'inverse.
Réflexe(s) lié(s) : 9. Le chiffre a-t-il un contexte ?
Moyen
Qu'est-ce qui cloche dans cette histoire de cause ?
Un article de presse annonce : « Étude : boire un verre de jus d'orange par jour réduit les rides de 45 % ! » En bas : « Une équipe de dermatologues a observé les habitudes de 1200 femmes pendant deux ans et mesuré les variations de leur peau. »
- L'étude a duré trop longtemps
- Une corrélation observée n'est pas une causalité
- Les données sont trop petites pour une si grande conclusion
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La bonne réponse : Une corrélation observée n'est pas une causalité
Voir deux choses ensemble (boire du jus et avoir moins de rides) ne prouve pas que l'une cause l'autre. Les femmes qui choisissent de boire du jus sont peut-être aussi celles qui prennent soin de leur peau, boivent de l'eau, dorment bien, vivent moins stressées, ou ont simplement des gènes favorables : tous ces facteurs sont mélangés. Le jus n'est qu'un détail dans ce qui est en réalité une vie plus saine. C'est la confusion classique entre corrélation et causalité. Le geste : chercher les variables cachées. Quoi d'autre pourrait expliquer le lien ?
Réflexe(s) lié(s) : 5. Qui d'autre le dit ? · 2. Quelle source ?
Quel piège méthodologique y a-t-il ?
Un chercheur publie : « 67 % des utilisateurs de réseaux sociaux se sentent plus seuls après une heure d'utilisation. » Il a interrogé les participants chaque soir et leur a demandé s'ils se sentaient seuls, après leur avoir fait faire défiler un fil pendant une heure.
- 67 %, ce n'est pas assez pour généraliser
- Les participants savaient sur quoi portait l'étude
- L'étude ne dure qu'un soir
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La bonne réponse : Les participants savaient sur quoi portait l'étude
Demander « vous sentez-vous seul ? » juste après un test présenté comme portant sur la solitude influence la réponse : la mesure du sentiment change le sentiment. C'est ce qu'on appelle un biais d'attente. En plus, une personne qui accepte de faire défiler un fil pendant une heure pour une étude n'est pas dans un usage normal, et celui qui se porte volontaire sur ce thème n'est pas le public ordinaire. L'étude se referme sur elle-même. Le geste : se demander quel était l'état d'avant. Comment sait-on que ces 67 % se sentaient moins seuls auparavant ?
Réflexe(s) lié(s) : 3. Quelle date ? · 1. Qui parle ?
Pourquoi la baisse de 28 % ne signifie rien ?
Une mairie annonce : « La délinquance a baissé de 28 % cette année comparé à l'année passée ! » En cherchant, on découvre que l'année passée il y a eu une campagne majeure de constatations de fraude. Cette année, la police a reçu l'ordre de moins constater et plus de recommandations.
- 28 %, ce n'est pas assez pour être fiable
- Une seule année, ce n'est pas assez de recul
- Ce qui a changé, c'est la façon de compter
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La bonne réponse : Ce qui a changé, c'est la façon de compter
Les chiffres officiels sont façonnés par la manière de les recueillir. Si l'on cesse de constater les petits faits, ils disparaissent du comptage, mais pas du terrain : la réalité a peut-être empiré pendant que la statistique baisse par pure définition. Cette mairie compte simplement moins. C'est un classique en sécurité comme en santé : changer la méthode de mesure sans le dire. Le geste : chercher ce qui a changé dans la méthode. Qui remonte les cas ? Quelle consigne a été donnée ? Les faits réels ont-ils bougé, ou seulement les chiffres ?
Réflexe(s) lié(s) : 2. Quelle source ? · 9. Le chiffre a-t-il un contexte ?
Comment cette comparaison truque les résultats ?
Une publicité pour une batterie de téléphone clame : « Notre batterie dure 40 % plus longtemps ! » En lisant les conditions : « Comparé à un modèle d'une autre marque, sorti il y a six ans, mesuré avec l'écran éteint et le réseau désactivé. »
- Les conditions de test sont choisies pour flatter le produit
- C'est juste : une batterie qui dure plus longtemps c'est une batterie meilleure
- La batterie ne peut pas vraiment durer 40 % plus longtemps
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La bonne réponse : Les conditions de test sont choisies pour flatter le produit
Les conditions annoncées sont irréalistes : personne ne se sert d'un téléphone écran éteint et réseau coupé. Et l'adversaire est choisi aussi faible que possible, un modèle d'une autre marque vieux de six ans. C'est ce qu'on appelle cueillir les cerises : ne garder que les données favorables. Un test honnête comparerait au modèle précédent du même fabricant, écran allumé, usage normal. Le geste : lire les conditions de test en petit. Si elles sont étranges, ou commodes pour le vendeur, le chiffre ne signifie rien.
Réflexe(s) lié(s) : 7. Qu'est-ce que ça me vend ? · 2. Quelle source ?
Que conclure du chiffre de 200 % ?
Un rapport indique : « Les accidents liés à la nourriture en ville ont grimpé de 200 % en un an. » On consulte : la ville a ouvert l'année dernière un centre de déclaration des intoxications qui rend la démarche très facile. Avant, les gens ne déclaraient pas.
- Il reflète surtout un changement de méthode de comptage
- Il faudrait 300 % pour que ce soit un vrai problème
- Il y a vraiment 3 fois plus d'accidents
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La bonne réponse : Il reflète surtout un changement de méthode de comptage
Ce qui monte, c'est la visibilité, pas forcément le danger réel : les accidents ont peut-être un peu augmenté, mais surtout on les voit maintenant. Quand on rend la déclaration facile, les déclarations augmentent : c'est un pur effet de comptage, ce qu'on appelle un artefact statistique. L'année d'avant, les gens se taisaient. Le geste : chaque fois qu'un chiffre monte brusquement, chercher ce qui a changé dans la façon de compter avant de crier au problème. Une nouvelle règle ? Un nouvel outil ? Une campagne ? C'est souvent là qu'est l'essentiel de la hausse.
Réflexe(s) lié(s) : 2. Quelle source ? · 3. Quelle date ?
Ce chiffre prouve-t-il que les actifs de la ville sont mal payés ?
Une ville communique : « Le revenu médian de nos habitants n'est que de 1 200 € : nous sommes une ville pauvre ! » Le chiffre vient des déclarations d'impôts, toutes situations confondues : salariés, indépendants, mais aussi beaucoup d'étudiants et de retraités, dont les revenus sont naturellement plus bas.
- Oui, 1 200 € c'est une preuve claire de pauvreté
- Non, c'est parce que la ville est trop petite
- Non, il mélange des situations différentes
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La bonne réponse : Non, il mélange des situations différentes
Mettre dans le même panier salariés, indépendants, étudiants et retraités, puis en sortir une médiane, c'est mélanger des situations qui n'ont rien à voir : une bourse ou une pension n'est pas un salaire, et ces revenus bas tirent la médiane vers le bas sans rien dire de ce que gagnent les actifs. Le chiffre global caricature la réalité. Le geste : demander une comparaison à périmètre égal (mêmes métiers, mêmes âges, même type de revenu), c'est-à-dire comparer les salaires des salariés entre eux. Sinon le chiffre ne dit pas ce qu'on croit.
Réflexe(s) lié(s) : 9. Le chiffre a-t-il un contexte ? · 2. Quelle source ?
Que penser de ce chiffre de 6 % ?
Un journal affirme : « Les revenus des Français ont augmenté en moyenne de 6 % en dix ans. » On découvre que le chiffre inclut une forte inflation : le pouvoir d'achat réel n'a presque pas augmenté, voire baissé pour les bas revenus.
- 6 % c'est très peu pour dix ans
- C'est vrai en euros courants, mais l'inflation a mangé la hausse
- C'est une bonne nouvelle : 6 % sur dix ans c'est du progrès
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La bonne réponse : C'est vrai en euros courants, mais l'inflation a mangé la hausse
Les statistiques nominales, en euros du moment, peuvent monter pendant que les statistiques réelles, en pouvoir d'achat, stagnent ou baissent. Si l'inflation a absorbé 5 des 6 points, la hausse réelle n'est que de 1 % : le chiffre nominal flatte, le chiffre réel compte. Pendant ce temps les gens se sentent plus pauvres, et ils ont raison. Le geste : toujours demander le chiffre corrigé de l'inflation. Si personne ne la mentionne, c'est le signe que le chiffre réel serait moins flatteur.
Réflexe(s) lié(s) : 9. Le chiffre a-t-il un contexte ? · 7. Qu'est-ce que ça me vend ?
Comment ce chiffre de 10 fois ment-il ?
Une jeune entreprise annonce : « On a grandi 10 fois en trois ans ! » Aucune autre donnée. On découvre qu'en année 1 elle avait 2 clients, en année 2 elle en a 15, en année 3 elle en a 20, soit presque pas de croissance la dernière année. Le « 10 fois » vient d'une comparaison entre l'année 1 et l'année 3.
- Il ne ment pas, c'est mathématiquement vrai
- Toute la croissance est dans la première année
- 10 fois c'est trop pour être vrai
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La bonne réponse : Toute la croissance est dans la première année
Le chiffre est exact, et il cache pourtant la vraie histoire. Un rapport entre le début et la fin gonfle : partir de 2 et arriver à 20, c'est spectaculaire. Mais la suite réelle est 2, puis 15, puis 20 : la croissance s'essouffle, et l'année 3 est plate. Dire « 10 fois en trois ans » dramatise une pente qui tourne au ralenti, et une entreprise qui ralentit n'a pas la même allure que celle qui grandit régulièrement. Le geste : exiger la ventilation année par année, pas seulement le rapport entre le début et la fin.
Réflexe(s) lié(s) : 9. Le chiffre a-t-il un contexte ? · 3. Quelle date ?
Les deux affirmations peuvent-elles être vraies en même temps ?
Un article de sport affirme : « Les joueurs suivis par l'entraîneur A gagnent 20 % de matchs de moins que ceux de l'entraîneur B : A est un mauvais entraîneur ! » Une autre source précise : « À niveau égal, les deux entraîneurs obtiennent d'aussi bons résultats. » En fait, A s'occupe surtout des débutants, B des joueurs confirmés.
- Non, l'une des deux se trompe forcément
- 20 % et « d'aussi bons résultats » ne peuvent pas coexister
- Oui : A entraîne des débutants, B des joueurs confirmés
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La bonne réponse : Oui : A entraîne des débutants, B des joueurs confirmés
Le pire piège de la comparaison : les groupes ne sont pas les mêmes. Les joueurs de A sont surtout des débutants, qui gagnent forcément moins, ceux de B des confirmés, qui gagnent plus. Quand on mélange, l'écart de 20 % devient un artefact : il mesure le niveau de départ des joueurs, pas le talent des entraîneurs. À niveau égal, les deux se valent, et les deux affirmations sont donc vraies ensemble. On appelle cela un biais de confusion. Le geste : dans chaque comparaison, chercher ce qui distingue les groupes (âge, niveau, point de départ). Sinon le chiffre est empoisonné.
Réflexe(s) lié(s) : 2. Quelle source ? · 9. Le chiffre a-t-il un contexte ?
Que conclure de ce chiffre de 87 % ?
Une source affirme : « Un chercheur a trouvé qu'une substance végétale combat le cancer à 87 % d'efficacité ! » Vous lisez l'article d'origine : l'étude porte sur 34 souris de laboratoire, pas sur des humains.
- C'est une bonne nouvelle, il y a de l'espoir
- 87 % c'est suspicieusement élevé
- Le chiffre ne parle que de souris
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La bonne réponse : Le chiffre ne parle que de souris
C'est un résultat de laboratoire, et cela peut être un début prometteur, mais passer de la souris à l'être humain, ce sont deux mondes : extrapoler est un saut énorme. Les résultats sur l'animal servent à explorer des pistes ; ils ne se transposent presque jamais tels quels. Notre corps est bien plus complexe, et ce qui marche en tube à essai peut être inefficace, voire toxique. C'est pourquoi il existe des essais cliniques. Le geste : chercher à quel stade en est la recherche. Laboratoire ? Animal ? Humain ? Les chiffres changent de sens à chaque étape.
Réflexe(s) lié(s) : 2. Quelle source ? · 8. L'expert est-il vraiment expert ?
Coriace
Est-ce vraiment une explosion ?
Un institut de sondage annonce : « Les signalements de malveillance en ligne ont explosé : +75 % en trois ans ! » On cherche les chiffres absolus : le site en a reçu 4 il y a trois ans, 6 l'année suivante, 7 l'an dernier. Personne d'autre ne rapporte cette explosion.
- Non, parce que le sondage est en ligne
- Non : passer de 4 à 7 cas est une variation minuscule
- Oui, 75 % c'est colossal
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La bonne réponse : Non : passer de 4 à 7 cas est une variation minuscule
Un pourcentage spectaculaire sur une base minuscule vaut peu : 75 % sur 4 cas, cela fait 3 cas de plus. Passer de 4 à 7 n'est pas une explosion, c'est du bruit statistique, à peine visible ; sur une vraie base de milliers, personne n'en parlerait. Avec une base de 4 000 passant à 7 000, la hausse serait réelle. Le geste : toujours chercher les chiffres bruts d'abord. Si la base est minuscule, le pourcentage ne raconte rien.
Réflexe(s) lié(s) : 9. Le chiffre a-t-il un contexte ?
Pourquoi cette moyenne est-elle trompeuse ?
Une école annonce : « L'âge moyen de nos étudiants en insertion est 39 ans : parfait pour nos formations continue et alternance ! » En réalité, le groupe compte 200 étudiants : 80 ont entre 16 et 24 ans, 120 ont entre 45 et 60 ans.
- Parce que les vrais étudiants sont plus jeunes qu'avant
- Aucun étudiant n'a cet âge moyen
- Parce que 39 ans c'est trop vieux pour l'université
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La bonne réponse : Aucun étudiant n'a cet âge moyen
Une moyenne calculée sur deux groupes éloignés crée une personne qui n'existe pas. Personne dans cette école n'a 39 ans : il y a des très jeunes en insertion et des adultes en reconversion, deux populations radicalement différentes, et la moyenne invente entre elles un fantôme. C'est ce qu'on appelle une distribution à deux sommets. Le piège est classique dans les ressources humaines et les études de clientèle. Le geste : demander la médiane et la distribution par tranche d'âge. Elles disent la vraie histoire.
Réflexe(s) lié(s) : 9. Le chiffre a-t-il un contexte ?
Peut-on conclure qu'étudier tard FAIT réussir ?
Un journal titre : « Études le soir = meilleure note. Plus les étudiants étudient après 20h, plus ils réussissent ! » Le chiffre vient d'une vraie corrélation observée : ceux qui travaillent tard ont en moyenne 2 points de plus.
- Oui, la corrélation est chiffrée et réelle
- Non, parce que les notes ne changent jamais
- Non, c'est un piège de causalité
Voir la réponse et l'explication
La bonne réponse : Non, c'est un piège de causalité
Voir deux choses ensemble (travailler tard et avoir de bonnes notes) ne dit pas que l'une cause l'autre. La corrélation est réelle, mais les bons étudiants révisent plus, y compris tard : l'heure tardive n'est qu'une trace de leur sérieux, pas la cause de leur réussite. Supprimer du sommeil pour étudier plus tard aurait même l'effet inverse. C'est l'erreur classique : confondre corrélation et causalité. Le geste : chercher la variable cachée, ici le sérieux et la discipline. Quoi d'autre pourrait expliquer le lien ?
Réflexe(s) lié(s) : 5. Qui d'autre le dit ? · 9. Le chiffre a-t-il un contexte ?
La croissance est-elle vraiment exponentielle ?
Un graphique de croissance d'audience montre une courbe qui monte en flèche spectaculaire. Les points sont : 10 (année 1), 100 (année 2), 1 000 (année 3). Nulle part le graphique n'indique comment son axe vertical est gradué.
- Impossible à dire sans lire l'axe vertical
- Oui, la courbe est spectaculaire
- Non, 1 000 c'est peu
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La bonne réponse : Impossible à dire sans lire l'axe vertical
Une échelle logarithmique écrase les grands nombres : avec ces trois points, qui se multiplient par dix à chaque année, la courbe devient une droite parfaite en échelle logarithmique, et une flèche explosive en échelle normale. C'est la même série, et deux histoires opposées. Sans savoir comment l'axe est gradué, on ne peut donc pas dire si la croissance s'accélère ou reste régulière. C'est une astuce de présentation courante : rendre spectaculaire ce qui est régulier, ou l'inverse. Ce graphique est peut-être honnête, mais il cache sa clé de lecture. Le geste : toujours vérifier comment l'axe vertical est gradué. Et si le présentateur oublie de le dire, c'est souvent volontaire.
Réflexe(s) lié(s) : 4. L'image dit-elle ce qu'on prétend ? · 9. Le chiffre a-t-il un contexte ?
Faut-il s'alarmer ?
Une chaîne de santé annonce : « Le risque d'un effet indésirable rare de ce médicament a DOUBLÉ : il est passé de 0,001 % à 0,002 %. » Le titre : « Risque multiplié par deux, attention ! »
- Non, un risque infime doublé reste infime
- Non, parce qu'aucun risque n'est acceptable
- Oui, un risque qui double c'est grave
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La bonne réponse : Non, un risque infime doublé reste infime
C'est le piège du risque relatif contre le risque absolu. Dire « le risque a doublé » rend la nouvelle dramatique. Dire « il passe de 1 pour 100 000 à 2 pour 100 000 » rend la chose claire : cela fait un cas supplémentaire pour 100 000 doses. Les deux énoncés sont exacts, mais ils ne montrent pas la même chose, et le titre choisit celui qui fait peur. C'est exact du point de vue des mathématiques, et profondément trompeur : c'est le commerce de la peur, amplifier le rapport en cachant l'ampleur réelle. Le geste : exiger le risque en nombres absolus. Combien de personnes touchées, sur combien ?
Réflexe(s) lié(s) : 6. Trop beau pour être vrai ? · 9. Le chiffre a-t-il un contexte ?
Comment expliquer ce fossé ?
Un sondage de marché annonce : « 73 % des Français seraient prêts à acheter une marque écoresponsable même si elle coûte 15 % plus cher. » Le sondage est méthodologiquement correct. Cependant, en magasin, les produits écolabellisés du même type ne capturent que 8 % des ventes.
- Les 73 % doivent acheter ailleurs
- Le sondage ment, les gens n'achètent vraiment que pour le prix
- Le sondage mesure une intention, pas un achat
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La bonne réponse : Le sondage mesure une intention, pas un achat
Dire « je paierais plus cher pour la vertu » est facile. Payer vraiment plus cher quand la somme pèse sur le budget du mois est autre chose : à la caisse, les gens choisissent le moins cher. C'est la faiblesse classique des sondages, qui mesurent les intentions déclarées et non les comportements réels, et c'est tout l'écart entre ce qu'on dit vouloir et ce qu'on fait. Le geste : rester prudent devant les sondages en « souhaiteriez-vous ». Chercher le comportement réel : qu'achètent vraiment les gens, et à quel prix ?
Réflexe(s) lié(s) : 1. Qui parle ? · 6. Trop beau pour être vrai ?
Cette comparaison est-elle valide ?
Une association de chercheurs compare deux régions : « La région A a 45 % de sa population diplômée du supérieur, la région B seulement 28 %. Le fossé éducatif est énorme ! » Plus tard, on apprend que A est une grande agglomération urbaine, B est rurale. Les définitions d'« habitants » incluent ou excluent les étudiants selon les années.
- Non, parce que les moyennes ne changent jamais
- Non, les périmètres ne sont pas les mêmes
- Oui, 45 % vs 28 % c'est un fossé réel
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La bonne réponse : Non, les périmètres ne sont pas les mêmes
Deux régions aux géographies, aux économies et aux démographies opposées ne se comparent pas sur un rapport brut : l'une est urbaine avec une population fluctuante, l'autre rurale et stable, et la définition des habitants change d'une année à l'autre. Comparer sans aligner la méthode, c'est comparer deux choses différentes. Il faudrait le même périmètre, la même définition des habitants, les mêmes tranches d'âge. La région A attire les jeunes diplômés, la région B a une population plus âgée : c'est explicable, mais cela rend la comparaison boiteuse. Le geste : avant tout « A contre B », vérifier qu'on mesure exactement la même chose.
Réflexe(s) lié(s) : 9. Le chiffre a-t-il un contexte ? · 2. Quelle source ?
Le titre pèche par quoi ?
Un média annonce en titre : « 17 000 cas de ce syndrome ! » À la lecture, le total couvre neuf années, et les cas sont répartis régulièrement. Cela fait environ 1 900 cas par an, soit à peu près 5 par jour à l'échelle du pays.
- C'est un nombre inventé, 17 000 c'est trop haut
- Le titre cumule neuf ans sans le dire
- 17 000 sur neuf ans c'est peu finalement
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La bonne réponse : Le titre cumule neuf ans sans le dire
Additionner des chiffres annuels produit un total impressionnant : 17 000 sur neuf ans, cela fait 1 900 par an. Présenté comme un cumul sans le dire, le chiffre vend de l'urgence alors que le phénomène est régulier, prévisible, et que « 1 900 par an » ou « 5 par jour » raconte une histoire bien plus banale. C'est un piège classique en santé, en criminalité, en accidents : cumuler sans diviser fait peur artificiellement. Le geste : toujours vérifier sur quelle période porte un grand chiffre, et diviser par le nombre de périodes pour voir le rythme réel.
Réflexe(s) lié(s) : 9. Le chiffre a-t-il un contexte ? · 3. Quelle date ?
Pourquoi « record historique » exagère ici ?
Un économiste publie une note : « Record historique de croissance dans la région ! » On regarde les données disponibles : elles ne remontent qu'à trois ans. Les valeurs sont 3,1 %, puis 2,8 %, puis 3,4 %. C'est effectivement le plus haut niveau, mais sur trois années seulement.
- Parce que 3,4 % c'est peu
- Parce que la croissance va redescendre
- Trois ans, ce n'est pas un historique
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La bonne réponse : Trois ans, ce n'est pas un historique
Le mot « historique » demande de la profondeur temporelle. Un record établi sur trois ans de données n'est qu'un pic dans une série trop courte ; si les mesures remontaient à trente ans et que cette année les dépassait toutes, ce serait un vrai record. Le cas est classique en finance et en économie : on crie au record sur la seule période qu'on connaît. Le geste : toujours chercher la profondeur réelle de la série. Dix ans ? Cent ans ? Trois ans seulement ? Plus la série est courte, moins le mot « record » pèse.
Réflexe(s) lié(s) : 3. Quelle date ? · 9. Le chiffre a-t-il un contexte ?
Ce chiffre est-il fiable pour faire des conclusions ?
Une agence publique publie : « Selon l'enquête annuelle auprès de 8 500 ménages, marge d'erreur ± 0,3 point, le taux de pauvreté relative est de 13,7 %, en hausse de 0,8 point par rapport à l'an dernier. Méthodologie : enquête d'un institut national de statistique, champ : territoire national. »
- Non, parce que c'est du gouvernement : c'est biaisé
- Non, parce que 13,7 % paraît un chiffre trop rond
- Oui : source, méthode, marge d'erreur et périmètre sont donnés
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La bonne réponse : Oui : source, méthode, marge d'erreur et périmètre sont donnés
Ce cas est le contraire des neuf précédents : un chiffre solide. Source tracée, méthodologie ouverte, marge d'erreur honnêtement affichée et assez étroite pour que la hausse de 0,8 point soit significative, définition claire (pauvreté relative, territoire national), comparaison temporelle valide. On peut s'y fier et l'utiliser pour décider. Tous les chiffres ne sont pas des pièges ; celui-ci est fait pour être utilisé. Le geste : apprendre aussi à reconnaître un chiffre bien présenté. Source réputée, méthode visible, marge d'erreur plus petite que la variation annoncée : on peut l'employer.
Réflexe(s) lié(s) : 2. Quelle source ? · 9. Le chiffre a-t-il un contexte ?